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Confiné

En deux mois , j'ai conduit deux fois ma voiture et j'ai du faire 20 km grand maximum. Tous les jeudi je me suis fait une attestation pour aller chercher une pizza sur la place du village . Chaque jour j'ai parcouru trois kilomètres à pied sur le chemin de la maison pour promener mon chien. Chaque jour je suis allé rendre visite en gardant mes distances, à Jean, notre voisin de 85 ans. J'ai vu et j'ai discuté avec une multitude de personnes sur mes écrans. J'y ai souvent vu mes enfants, sans pouvoir les prendre dans mes bras. J'ai parlé, écrit. j'ai médité et j'ai souvent pensé à mes amis, à ceux que j'aime. Je n'ai pas serré une main, je n'ai pas fait de bise. J'ai réinvestit mon grenier bureau, pendant que Chantal télé-travaillait au premier étage. Les jours de soleil, nous avons pris l'air nous avons beaucoup jardiné. Notre maison est un nid douillet de confinement. Je me suis informé mais j'ai coupé le flux continu de...

Le bel accueil

J 'ai dans le cœur le visage, les mots, les gestes de personnes d'un autre âge, accueillies tout près de chez moi dans une maison de retraite. Pendant près de 3 ans je m'y suis rendu chaque semaine, la bas je me sens un peu chez moi, accueilli en ami. Depuis bientôt 2 mois , ce lieu de vie et de partage s'est refermé replié sur lui même , pour protéger ses habitants de ce virus cruel et mortel pour nos anciens. Je n'ai pas de mal à imaginer la vie désorganisée pour toutes ces personnes pour qui les repères sont si importants. Je n'ai pas de mal non plus à imaginer tous les efforts, l'inventivité de l'équipe de professionnels pour malgré tout apporter chaque jour humanité chaleur et espoir. Ce sont des soignants, des aidants, des aimants. Avec mon système immunitaire d'occasion il me faut faire attention, mais J'ai hâte de pouvoir y remettre les pieds, même avec un masque sur le nez et la bouche, même avec les mains alcoolisées; pour ressentir à...

Notre force

L'épidémie me  fait un peu  peur,  j'ai été affaibli par le cancer et par les traitements qui m'ont  aussi redonné vie. Je suis fragile et je dois faire attention à moi , appliquer à la lettre les fameux gestes barrières et me protéger . Je suis vulnérable..  Mais j'ai une force qui me tient chaud. J'ai déjà vécu comme beaucoup de malades le confinement, l'isolement. Cloué chez soi c'est mieux que dans une chambre d’hôpital, avec la souffrance et l'ignorance du lendemain. J'ai appris à vivre jour après jour pour pouvoir aller plus loin, le plus loin possible. J'ai souvent pensé à la mort. Ce n'est pas une idée qui me paralyse.   mais je ne la vois pas  encore sur ma route. Je ne suis pas armé, je ne suis pas un guerrier, j'ai simplement appris et je continue d'apprendre de ce que je vis , et de tout ce que me donnent les personnes qui m'accompagnent Nous sommes des malades pour qui encore aujourd'hui le mot guéris...

Virus

Un virus nous attaque, et le monde se met en chambre d'isolement, comme un malade en aplasie. Beaucoup de malades du myélome ont des défenses immunitaires au rabais. Alors il leur faut faire encore plus attention, appliquer toutes les mesures de précautions. Ce qui me fait peur c'est qu'un petit con de virus vienne mettre en péril l'équilibre conquis en quatre ans de rémission. Ce qui me fait pleurer c'est de ne pas pouvoir être au coté de mon père, c'est pour son bien c'est pour le mien. Ce qui m'énerve ce sont ces personnes qui se plaignent d'être en quarantaine et qui décrivent cet état comme une prison. Il ne faudrait pas qu'ils connaissent des semaines ou des mois d’hôpital avec les douleurs, l'immobilité et la dépendance. Les frontières, les magasins se ferment et chacun a tendance à se replier sur soi. Pourtant nous ne sommes pas seuls, nous sommes des millions à vivre la même chose au même moment. J'aimerais qu'on n'oubl...

Myélome et voyage

Avec Chantal, nous sommes partis en voyage. En Martinique.  C'est un  projet que nous avions depuis longtemps, et qui a pris un sens supplémentaire en le realisant avec  le myélome en bagage. J'ai laissé mon ordinateur, coupé une bonne partie de mes connexions, mais je n'ai pas pu m'empêcher d' emmener mes douleurs, ma fatigue, mon stress, et les médicaments. Les contraintes étaient là, mais j'ai  profité pleinement et avec bonheur de ces merveilleuses vacances. J'étais un vacancier avant d'être un malade. Une amie , Isabelle,résidente sur l'île a été une aide merveilleuse, un guide, une source de joie de partage. Elle nous a offert quelques uns des lieux magiques de cette île qu'elle aime tant Notre amitié s'est enrichie de ces 15 jours passés. Nous n'avons pas été des touristes pris dans le tourbillon de vouloir tout voir. De toute façon je n'aurais pas tenu le rythme. Nous avons pris le temps de vivre pleinemen...

Longueur de palmes et myélome

Depuis tout petit  j'aime être dans l'eau. Jeune j'ai pratiqué l'apnée, je passais des heures en mer, dans un endroit magnifique la côte de granit rose.  Être au fond sur les rochers, parmi  les longs laminaires, les poissons. Un beau plongeon canard et deux coups de mes longues palmes je me trouvais propulsé à plusieurs mètres de fond pour ensuite me balader  avant de me laisser remonter et rejoindre la surface. Avec Chantal mon épouse, nous avons la chance de partir dans quelques jours en vacances en Martinique. C'est une première.  Mais voilà je ne suis plus jeune et je suis un myelomane, aussi j'ai décidé de m'équiper à neuf. A 57 ans, la vue n'est pas restée excellente, aussi j'ai investi dans un masque de plongée avec des verres correctifs. Pour les palmes je n'ai pas eu d'autres choix que d'être raisonnable. J'ai laissé mes belles palmes de chasse au placard, j'en ai acheté de jolies  4 fois moins longues et j...

Colère

Face à l'immensité de la souffrance n'avoir que la colère à opposer. La colère face à l'inacceptable de ces vies  arrêtées et de la douleur sans limite de ceux qui ont tant  aimé et que l'absence détruit.  La colère n'aide pas, elle paralyse. Mais comment trouver les mots impossibles, le mots porteurs d'apaisement? Comment prononcer des mots de vie ?  Taire la colère, être à l'écoute, recevoir et donner ce que l'on peut, pour partager le souffle de la vie.