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Nouvelle Année

Je n'ai pas peur du temps qui passe, simplement je sais qu'il me faut prendre le temps de vivre pleinement et totalement chaque minute qui s'ajoute au fil de la vie. Je ne ressens pas le besoin de courir après le temps, de combler à tout prix l'espace qui me reste. Je veux dans ma vie d'aujourd'hui, du silence de la douceur, de la lenteur et laisser la place à l'autre à l'inattendu de la rencontre. S'il y a une lutte elle est en moi, pour ne pas me laisser mener par les ressentis du corps qui voudraient me refermer, alors qu'il est vital de s'ouvrir. Je veux respirer la vie de tout mon être, dans les paysages dans les êtres vivants, dans l'amour, la tendresse. Tel que je suis aujourd'hui je suis heureux, riche de ma vie passée et de chaque jour ajouté. Je ne vis pas dans le passé je ne cherche pas à conquérir un futur lointain, je veux simplement avec obstination enrichir ma vie jour après jour. Je vous souhaite à tous une multitude...

Les fils

Impossible de se coucher, trop de mots à sortir de ma tête de mon corps. Trop de mots à transmettre aux personnes auxquelles je suis lié. Ce sont des mots libérateurs quand ils s'échappent de moi, ce sont des mots salvateurs quand ils me conduisent vers des êtres chers. Des liens pour se libérer pour se remplir du don de ceux qui sont là au bout de chaque fil. Il est tard la maison est endormie, assis dans mon fauteuil je ne suis pas seul. Je suis entouré de tout cet amour invisible si fort et si réel.

Attente des résultats

Il suffit d'une douleur nouvelle, de l'apparition d'un nouveau phénomène, d'une interrogation posée, pour que la fragile stabilité de la vie soit chahutée. Je ne suis pas un angoissé, mais la peur d'un nouvel inconnu fait naître en moi une multitude de pensées pas toujours contrôlables. Il suffit pourtant de prendre chaque chose l'une après l'autre, à chaque question posée trouver la réponse et réagir pas à pas. Il n'est pas possible de fuir et inutile de se fermer les yeux. Je laisse venir pour comprendre ce nouveau message du corps et ainsi pouvoir agir et retrouver l'équilibre. Comme tous les trois mois, j'attends les résultats, pour savoir si le pic montre le bout de son nez ou si c'est moi qui lui fait un pied de nez.

Mutations

Cellules mutantes Cellules qui se clonent Pic sur une courbe Os qui se trouent Vie qui bascule Limites estompées la mort qui s'approche Douleurs  envhissantes Vie stoppée Hôpital et soignants Pour  un Corps réparé Chimie qui soigne Chimie qui malmène Pour un cancer A l'arrêt L'espoir D'une vie au présent Une vie Éveillée Pas à pas Le temps s'étire L’essentiel  s'impose La rechute à venir Le retour des mutantes Tenter de se préparer A ce futur incertain Apprivoiser la peur Pour en conscience Vivre pleinement aujourd'hui Debout Dans une vie partagée Ne rien regretter Les yeux ouverts Recevoir et donner Sur un  beau chemin Paysage aux mille couleurs Chaque jour aller plus loin.

Nuit et neuropathies

Je vais bien, tous les 3 mois à chaque analyse, l’absence du fameux pic monoclonal, confirme ma rémission. La nuit cependant les effets collatéraux du myélome et de ses traitements s'invitent régulièrement Parfois mon corps se trouve secoué par les décharges électriques, et des brûlures. Les pieds fourmillent, les muscles se contractent. La douleur flirte avec un petit 6 sur la fameuse échelle mais continue, elle crée une gêne suffisante pour m'obliger à me lever. Je descend rejoindre mon fauteuil refuge du salon. Je prends un antidouleur supplémentaire , et j'attends. Je lis, j'écris. Je prends de la distance avec mes sensations corporelles. Quand je me sens mieux, je me sors de mon fauteuil et remonte me coucher pour tenter de tranquillement de finir ma nuit. En 3 ans combien d'heures sur ce siège grand confort, à respirer, à penser, à me retrouver

Licencié

J'ai reçu la lettre me convoquant à l'entretien préalable au licenciement. Ce n'est pas une surprise, j'étais prévenu. Ne pouvant plus travailler je vais être licencié pour inaptitude. Ma fonction travail est inapte à remplir son rôle. Je me sentais prêt pour cette nouvelle étape. Il n'empêche que cela m'a touché de lire les phrases du code du travail, les mêmes qu'un employeur écrit lorsqu'il estime qu'un salarié a commis une faute grave. La formule "Nous vous indiquerons les motifs du licenciement envisagé et recueillerons vos explications" me semble pour le moins pas très appropriée et pas très délicate. Bien sur je sais qu'il est indispensable de respecter à la lettre la procédure, il serait peut être bien de l'adapter à la situation un peu particulière de l'inaptitude. Aujourd’hui je vais bien, mais je m'imagine lisant cette lettre en situation de rechute sous traitement . Si la tête a bien pris ce courrier le corps...

En invalidité

Je ne pars pas en retraite, je pars en invalidité. Le travail ne me supporte plus. Il a fait ce qu'il a pu. Moi aussi. 3 ans sans travailler et pourtant l'impression de l'avoir vraiment jamais quitté. Amis et amies des bureaux, j'ai le sentiment d'être resté à vos côtés, alors que c'est vous qui m'avez toujours accompagné. Et il y a vous tous qui formaient cette équipe, parfois un peu bizarre, souvent étonnante, mais toujours là pour mener à bien cette belle mission qui est la notre. Chacun d'entre vous à sa manière m'a donné force et énergie, pour que je puisse continuer à rire, à rencontrer, à partager. Vous n'avez pas forcement conscience de la chance que j'ai eu de vous avoir avec moi pour cette aventure. Je suis devenu un myélomane, un malade du myélome, mais bien en vie. Je vais continuer d'une autre manière le chemin parcouru avec vous, en me servant de ce que vous m'avez appris. Ces derniers mois je suis revenu ...